Ecotipi et le projet Achères, par Grégory Mars, Consultant en Economie de Ressources

Axonométrie du projet, par Grégory Mars. Les parties noires dans les parties verticales des sheds, à gauche et à droite des fenêtres, représentent l'emplacement de panneaux solaires thermiques.

Axonométrie du projet, par Grégory Mars. Les parties noires dans les parties verticales des sheds, à gauche et droite des fenêtres, représentent l’emplacement de panneaux solaires thermiques.

Grégory Mars, Consultant en Economie de Ressources au bureau d’études thermiques Ecotipi, présente le projet de rénovation et de construction d’Ecotipi, à Achères, dans les Yvelines.

Qu’est-ce que le projet Achères ?

C’est un projet de promotion immobilière, sur environ 800m², avec une dimension environnementale poussée, témoin du savoir-faire d’Ecotipi. Nous voulons réaliser une rénovation, et une construction, à un coût raisonnable, avec des performances environnementales et énergétiques exigeantes.
Nous allons mettre en œuvre les solutions que nous préconisons habituellement auprès de nos clients, mais que ces derniers, pour des raison pratiques, ou économiques, n’appliquent pas systématiquement.
C’est également un projet d’habitat participatif1.
De plus, nous visons des bâtiments à énergie positive, i.e. des bâtiments qui produiront plus d’énergie qu’ils n’en consomment.
Les futurs locataires vont participer à la conception de leur logement : plans, couleur des peintures, revêtements, etc. Ils décideront s’ils veulent partager des pièces : buanderie, chambre d’amis, espace de convivialité, atelier, autres.

Où en est le projet ?

Du point de vue de l’habitat participatif, un groupe de locataires potentiels s’est constitué, auquel j’ai proposé de devenir propriétaires : c’est en discussion, sachant que certains d’entre eux n’ont aucun apport, et des revenus limités. Je leur ai parlé de coopérative d’habitants2, reste à voir comment on pourrait la monter.
Du point de vue financier, le projet est en phase d’étude : l’objectif est de 1 200 euros TTC du mètre carré sur la partie rénovation, et de 1 500 euros TTC du mètre carré sur la partie construction.
Selon l’architecte, Danièle Vallet, d’Alter-Bâtir3, le coût serait de 2 000 euros, en construction classique – nous travaillons ensemble sur la mise en œuvre des solutions face aux besoins exprimés par les futurs habitants.
Quoi qu’il en soit, nous allons privilégier des matériaux sains, et écologiques. Une toiture photovoltaïque, ainsi qu’une toiture végétalisée, sont à l’étude.
Aussi bien pour la construction que pour la rénovation, nous envisageons une isolation paille avec ossature bois pour les murs, et la toiture. Pour le plancher, sur terre plein, c’est du liège, imputrescible, et de la fibre de bois, qui sont prévus.
Toujours d’un point de vue environnemental, nous avons choisi un terrain qui ne soit ni trop loin du centre ville, ni trop loin d’une gare -elle est à environ vingt minutes à pied.

Y-a-t-il un ou plusieurs éléments que vous souhaiteriez mettre en avant dans ce projet ?

Bien que le projet en soit à ses débuts, différentes options ont été creusées.
Par exemple, j’ai parlé des murs en paille, mais des murs en carton sont également envisagés, y compris en porteurs, assez performants d’un point de vue thermique.
Nous avons un certain nombre de solutions innovantes à étudier.
Si je parle plus de la paille, c’est parce que c’est le matériau durable par excellence : c’est un sous-produit de l’agriculture, qui n’est aujourd’hui pas systématiquement valorisé. Il permet de stocker du carbone, quand, pour la plupart des isolants aujourd’hui utilisés, du carbone est émis à la fabrication [cf les laines minérales, NDLR].
De plus, c’est un matériau relativement économique. Le matériau lui-même n’est pas onéreux, cependant il faut veiller au coût de sa mise en œuvre, au sein d’une ossature bois : elle demande de la main d’œuvre.
Notons également que, pour du passif, on doit mettre des épaisseurs de plus de trente centimètres : les bottes de paille ont une épaisseur de 36 cm.
Ces 36cm seront mis en œuvre par l’extérieur sur le bâtiment en rénovation, et intégrés à l’ossature dans le bâtiment en construction.
En Belgique, nous avons trouvé la solution constructive suivante : les murs, à ossature bois, en paille enduite à la terre, sont fabriqués en atelier. Il faudra également considérer l’accessibilité, étant donné qu’il n’y a que deux mètres cinquante à trois mètres d’espace pour accéder au terrain. Si tout concorde, nous pourrons réaliser le bâtiment neuf hors d’eau et hors d’air en trois jours, dans le cadre d’un chantier sec4, ce qui est très écologique !
Enfin, ce projet vise à démontrer qu’on peut réaliser plusieurs logements dans une grande maison, avec une bonne qualité de vie, ce qui participe à l’aspect écologique, par optimisation des surfaces.

Est-ce l’aspect écologique, ou économique, qui tranchera dans les solutions retenues ?

Nous souhaitons être le plus écologique possible ; toutefois le budget n’est pas indéfiniment extensible ! Mais j’ai confiance dans notre évaluation financière : elle devrait nous autoriser de bons choix.

Vous me présentez la maison à rénover, orientée par rapport à la rose des vents, sur un plan : qu’en est-il des paramètres bioclimatiques dans le projet, afin notamment de maximiser les apports gratuits ?

Avec les sheds5 (voir l’axonométrie en début d’inteview), l’orientation de la toiture est SO-NE. Dans la partie SO[orientée vers les Sud-Ouest], il y aura des vitrages et des panneaux solaires thermiques.
[NB : Ce passage a été modifié les 1er février 2016, à la demande des intéressés. A l’origine, le 22 juin 2015, le projet était : « Il y a un pan de toiture orienté sud-est, ce qui permettra d’installer des panneaux solaires thermiques pour l’eau chaude sanitaire, et des panneaux solaires voltaïques pour produire de l’électricité.
Nous déciderons peut-être de créer de nouvelles fenêtres afin d’augmenter les apports solaires gratuits, si le Plan Local d’Urbanisme nous y autorise.»
]

Comment seront chauffées les habitations ?

Normalement, pour une maison passive, il n’y a pas besoin d’appareil de chauffage central. Les apports solaires, ceux de l’électroménager (réfrigérateur, lave-linge, ordinateurs, etc), et ceux des humains, contribuent pour une large part au besoin de chauffage. Un appoint de chauffage léger peut être fourni via le système de ventilation double-flux pour les jours les plus froids.
En revanche, reste à fournir l’eau chaude : j’aimerais bien mettre en place une chaudière à pellets6, avec un bon rendement de 85%. La pertinence de ce choix sera à confirmer par l’étude.
On pourrait également partir sur des ballons thermodynamiques ; mais l’idée motrice du projet étant le partage, la participation, je pense qu’elle doit s’appliquer aux éléments techniques. Une seule chaudière à granulés bois pour tous paraît donc plus appropriée que quatre ballons thermodynamiques.

N’est-il pas question d’être autonome en énergie sur cette maison, en énergie en général, en électricité ?

Des panneaux solaires thermiques seront vraisemblablement intégrés dans la partie verticale des sheds, les parties en noire à gauche et à droite des fenêtres, sur l’axonométrie.
Toujours dans une démarche d’économie d’énergie, nous envisageons de récupérer l’eau de pluie en vue d’alimenter les toilettes, les lave-linge (lave-vaisselle : exclu, il faut obligatoirement de l’eau potable), et d’arroser le jardin.
Nous allons également récupérer l’énergie[la chaleur] des eaux grises7, lors de leur évacuation, via un échangeur thermique, avant qu’elles ne partent dans les égoûts, afin de préchauffer de l’eau.
En revanche, sauf si on a le budget pour créer un abri pour les voitures avec des panneaux solaires photovoltaïques dessus, les BEPOS8 est mis en question.
[ NB : Passage modifié le 1er février 2016 ; le 22 juin 2015 le projet se présentait ainsi :
« Si c’est en énergie positive, nous allons produire plus que ce que nous consommons, et, dans la démarche actuelle, nous pensons que nous revendrons l’électricité produite à EDF, tout en nous alimentant via son réseau.
Des panneaux solaires vont contribuer à rendre le projet « énergie positive ». De plus, si l’on veut moins de nucléaire, il faut commencer par produire son électricité autrement ; même si elle n’est pas utilisée localement.
Nous passons par un partenaire, Ecogelec, qui fait des installations gratuites à partir de 60m² de toiture, orientée sud. Il prend alors l’investissement à sa charge, et, au bout de vingt ans, l’installation appartient au client. »
]

Les fenêtres pourront-elles s’ouvrir ?

Oui, cependant, il y aura une VMC[Ventilation Mécanique Contrôlée] double-flux9, ce qui implique que d’un point de vue sanitaire, il n’y aura pas nécessité d’ouvrir les fenêtres.
Dans un tel bâtiment passif, incluant une VMC double-flux, l’ouverture des fenêtres engendre une surconsommation d’énergie.

Propos recueillis le 22 juin 2015

Notes:
1.

« Il n’existe pas de définition officielle pour ce type de projet. D’une façon globale on peut dire qu’il s’agit de « la mobilisation des habitants dans la production ou la coproduction de leur futur cadre de vie et leur implication dans la gestion courante du patrimoine qu’ils occupent(1)»(1)Anne D’ORAZIO, architecte et urbaniste, maître à l’Ensa Paris la Villette», source http://acteursduparisdurable.fr/agenda/habitat-participatif-pourquoi-et-comment-construire-collectivement-en-ville

2.

« Une société coopérative d’habitants regroupe des personnes qui veulent gérer et améliorer, ensemble, les logements qu’ils occupent dans un même immeuble ou sur un même terrain. » , source http://www.habicoop.fr/spip.php?rubrique1.
« Le projet de loi[Alur] crée, justement, un statut pour les coopératives d’habitants qui permet d’importer dans le domaine immobilier les principes d’intérêt général des coopératives. », source http://blogs.mediapart.fr/blog/les-invites-de-mediapart/110214/le-potentiel-revolutionnaire-des-cooperatives-dhabitants
Lire également http://www.laligue.org/les-cooperatives-dhabitants-au-service-du-logement-abordable/

3.

J’ai réalisé une interview du fondateur d’Alter-Bâtir à cette adresse : http://berengerebrochenin.net/reportages/interview-de-regis-faguelin-gerant-de-la-cooperative-dactivites-et-demploi-alter-batir/, et d’une de ses entrepreneuses-salariées, http://berengerebrochenin.com/construction-ecologique/interview-de-regina-mathiszig/. Enfin, Ecotipi fait partie d’Alter-Bâtir.

4. On parle de chantier humide lorsque de l’eau intervient pour la construction (réalisation de mortiers, autres), et cette présence d’eau, mêlée aux différents produits utilisés sur le chantier, est source de pollution.
5. Toiture en dents de scie
6. Sciure de bois compressée, très riche en énergie.
7. Eaux savonneuses peu chargées et non grasses issues des douches, lave-vaisselle et lave-linge. Les eaux de cuisine en sont exclues.
8. Bâtiment à Energie Positive
9. Une VMC double-flux consomme environ cinquante watts par heure, voir http://jeveuxsauverlaplanete.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=67

, ,

Trackbacks/Pingbacks

  1. Interview de Bérengère | Créer sa copro - 5 février 2016

    […] en soi. Vous trouverez une version plus détaillée de la présentation du projet sur le blog de Bérengère.   Axonométrie : les panneaux solaires thermiques seraient intégrés dans la partie verticale […]

  2. Ecotipi et le projet Achères, par Grégory Mars, Consultant en Economie de Ressources | BerengereBrochenin.com - 6 février 2016

    […] by Yves CARMEILLE in Yves.Club On février 6, 2016 Depuis berengerebrochenin.com Qu’est-ce que le projet […]

Laisser un commentaire